FOYER

GROUPE DU PREMIER ETAGE

Description physique des lieux
Le groupe du « 1er étage » est constitué d’un long couloir central, à partir duquel 9 pièces et 2 blocs sanitaires distincts sont distribués. Il y a 7 chambres (individuelles ou doubles), une salle de groupe (salle à manger, salon et cuisinette), un bureau (qui fait aussi office de chambre de veille) et 2 blocs sanitaires neufs. Un bloc sanitaire est attribué aux garçons (2 bains/douche, 2 lavabos et 2 wc) et l’autre aux filles (2 douches, 3 lavabos et un wc). Ils sont adaptés à l’accueil de personnes à mobilité réduite.

Les pièces ont toutes été rénovées et rafraichies relativement récemment. Les couleurs murales gaies et joyeuses donnent une atmosphère plaisante à l’ensemble.

L’équipe éducative
Actuellement, l’équipe éducative est composée de 4 personnes (2 hommes et 2 femmes), qui se partagent 400% de taux d’encadrement. Un/une stagiaire éducateur/trice en formation vient généralement compléter l’équipe.

Nous travaillons en « couple éducatif » (un homme et une femme) la plupart du temps, en particulier durant les moments forts sur le plan éducatif (repas, devoirs, soirées). De notre point de vue, cette approche de représentation masculine et féminine est essentielle dans la prise en charge au quotidien de ces enfants et de leurs besoins. Nous y reviendrons plus tard.

Concept général de travail

Les besoins des enfants Au 1er étage, dans notre concept général, nous appréhendons la prise en charge des enfants en partant de leurs besoins. A partir des besoins, nous avons développé au fil des années une pratique éducative fine et adaptative qui tend à répondre de façon pertinente aux besoins identifiés et ce, tant sur le plan individuel que collectif. Nous sommes pleinement conscients de la responsabilité qui nous engage dans cette perspective. Le défi est grand, les réponses sont multiples et complexes. Il nous paraît essentiel de questionner encore et encore notre pratique pour affiner et adapter nos réponses aux diverses situations.

Dans ce but, la pyramide de Maslow, qui donne une lecture des besoins humains en termes de catégories (5 grandes catégories en tout) nous a inspiré pour développer notre concept de prise en charge. Nous partons de l’idée qu’il est nécessaire d’essayer de répondre à tous les besoins en parallèle, sceptiques à l’idée d’une hiérarchisation trop rigide de ces catégories. Nous estimons que les « niveaux » sont interdépendants et qu’il s’agit de les considérer en lien les uns avec les autres, ce qui diffère quelque peu de la théorie originelle.

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Pyramide des besoins

Ce préambule posé, nous développons ci-dessous ce que l’équipe a mis en place dans la pratique éducative quotidienne pour essayer de répondre aux besoins des enfants d’une façon qui lui paraît juste et pertinente.

1° Les besoins physiologiques
L’institution Pré-de-Vert, principalement au travers de son professionnel de la cuisine, travaille dans le but d’offrir aux enfants une cuisine variée et équilibrée. Au « 1er étage », le souci d’une alimentation équilibrée est partagé par l’équipe, qui travaille à sensibiliser les enfants autour de cette thématique, notamment lors des préparations de repas du mercredi soir avec eux.

Par rapport au comportement que nous attendons lors des repas, l’équipe a posé quelques règles de base. En voici une liste non exhaustive :
• se laver les mains avant les repas
• attendre que tout le monde soit servi avant de manger
• se souhaiter « bon appétit »
• un minimum de calme durant le repas
• une tenue correcte à table (posture physique)
• demander pour pouvoir sortir de table
• …

Pour l’équipe, le respect de la nourriture et du contenu de l’assiette est une valeur importante. Nous mettons aussi l’accent sur la découverte de nouveaux aliments, afin de les sensibiliser aux goûts, aux couleurs, à la texture et à l’association des aliments entre eux.

Dans cette perspective, il nous paraît essentiel d’avoir une certaine souplesse vis-à-vis des résistances ou des blocages qui peuvent se manifester. Par exemple, lorsque nous servons les enfants, il est possible parfois de discuter et de négocier la quantité. Nous avons aussi mis en place un système de « jokers », qui permet à chaque enfant d’avoir le droit de refuser 2 aliments (par exemple les endives et le saumon). Nous estimons que cette possibilité donne le droit à l’enfant de ne pas aimer l’un ou l’autre aliment. Il est étonnant de constater que ce droit n’est de fait pas toujours utilisé.

Le repas doit être un moment de convivialité, de partage et de discussions. Nous travaillons avec force à « alimenter » un état d’esprit positif, agréable et détendu lors de ces moments.

La commission cuisine

Elle a pour 1er but de donner un droit de parole aux enfants. C’est une commission composée du cuisinier, du directeur, du responsable pédagogique, d’un représentant adulte pour chaque étage, d’un enfant « externe » et de 2 enfants représentant les 2 étages de l’internat. Cette commission se réunit le mercredi à midi, environ toutes les 6 semaines, et l’ensemble des protagonistes mange ensemble. Puis, la partie officielle démarre. Les décisions prises lors de la dernière commission sont évaluées et de nouvelles propositions sont faites.

Ce qui est intéressant aussi, c’est qu’en amont, un travail de préparation au sein de chaque groupe d’enfants doit se faire afin que le délégué puisse dignement représenter son groupe. Ceci favorise un sentiment d’appartenance et permet de travailler avec le délégué sur la confiance en soi, sur la responsabilisation et sur la notion d’être acteur de ce que l’on vit.

2° Les besoins de sécurité
Les besoins de sécurité sont au cœur de notre action quotidienne. Les besoins de sécurité impliquent pour nous les besoins de sécurité physique et les besoins de sécurité psychique/psychologique.

Sécurité physique

Au « 1er étage », la configuration des lieux est adaptée à une vie communautaire d’une dizaine de personnes. Le mobilier est adapté et ne présente pas de risques particuliers pour la santé physique des enfants. Les accidents sont toujours possibles, mais les risques sont limités par un environnement matériel adapté. De nombreux travaux de rénovation et d’adaptation aux normes OFJ ont été faits ces dernières années, notamment au « 1er étage ».

Par ailleurs, l’institution Pré-de-Vert est soucieuse de respecter les règles et normes en vigueur quant à la formation du personnel pour encadrer des activités spécifiques telles que natation, escalade, etc… Pour ces activités particulières, les professionnels doivent être porteurs d’un Brevet adéquat.

La sécurité physique est aussi appréhendée sous l’angle d’un travail de prévention et de qualité d’encadrement au quotidien. Par exemple, la répartition des enfants dans les chambres ainsi que la mixité sont pensés de manière à limiter au maximum les risques de conflits et de difficultés de cohabitation. Le nombre d’adultes en « présence enfants » est adapté aux moments éducatifs forts, aux circonstances et aux situations. De notre point de vue, cela participe grandement à la prévention de la violence et à d’éventuels « passages à l’acte » et par conséquent donne une réponse aux besoins de sécurité physique.

Sécurité psychique/psychologique

Les enfants que nous accueillons à Pré-de-Vert ont pour la plupart des déficits plus ou moins importants au niveau des besoins de sécurité. Nombre de ces enfants présentent, avec une intensité variable, des comportements d’agitation, d’hyperactivité, des angoisses, une intolérance à la frustration, des comportements agressifs et/ou parfois violents. Sans faire de généralités, nous constatons que derrière ces troubles du comportement, très souvent se cache des carences liées à une sécurité peu construite et défaillante (carences générées par de multiples causes).

Notre travail et notre défi consistent donc à reconstruire, tant que faire se peut, un sentiment de sécurité, avec les outils à disposition. Un de nos outils principal, que nous nous efforçons d’utiliser au quotidien, est celui que nous appelons la « fermeté bienveillante ». Je m’explique. Dans « fermeté », nous entendons tout ce qui touche au cadre, à la clarté du discours, à la règle, à la limite, à la contenance, à la consistance de l’adulte face à l’enfant. Dans « bienveillance », nous entendons tout ce qui touche à l’empathie, à l’écoute, à l’attention, à l’affection. Nous considérons ces 2 aspects comme très complémentaires et pas du tout antinomiques. C’est une attitude professionnelle, une « posture intérieure » vers laquelle nous essayons de tendre au quotidien. Elle se manifeste au travers de notre posture physique et de notre expression verbale. Avec l’expérience, le constat est évident pour nous : dans la plupart des cas, si nous arrivons à « jouer » et à articuler harmonieusement ces 2 attitudes professionnelles entre elles au quotidien, en particulier lors des premiers mois de placement, les symptômes de l’enfant diminuent en quantité et/ou en intensité. L’enfant est rassuré, il gagne en sécurité, le taux d’anxiété diminue.

D’autre part, nous essayons de rester dans une attitude d’éveil et d’attention aux besoins spécifiques des enfants. Nous les aidons à verbaliser leurs émotions, à y mettre du sens et à y trouver une cohérence. Nous avons développé, par l’expérience, la formation continue et nos séances de supervision, une attitude d’attention particulière aux signes et symptômes de négligence et de maltraitance.

Le lien éducatif est essentiel dans notre travail au quotidien. Les comportements d’enfants qui présentent un « syndrome abandonnique » et/ou qui ont besoin de « tester » continuellement le lien nous mettent devant le difficile défi de donner des réponses professionnelles pertinentes. Quels que soient les événements traversés dans la relation éducative (rupture, crise, conflit, etc..), notre souci est de maintenir un lien avec l’enfant, même s’il paraît faible et fragile. Nous nous efforçons de garder une sorte « d’élasticité » dans le lien éducatif, en étant soucieux que « l’élastique ne casse pas ». Au travers de ce mode de travail, nous pensons que nous donnons un message rassurant à l’enfant, qui lui permet de vérifier la consistance des adultes qu’il a en face de lui et la pérennité du lien, si souvent malmené dans leur courte existence.

La notion de référence et de coréférence éducative (généralement un homme et une femme) nous permettent de travailler plus spécifiquement autour de la situation d’un enfant. Avec l’expérience, nous constatons l’importance pour les enfants que représente cette notion. Régulièrement, dans la vie de tous les jours, ils ont ce type de propos : « c’est super il y a mes 2 référents qui sont là… »

Enfin, pour permettre la multiplicité des points de vue et tenter d’approcher la notion de complexité, le travail en équipe pluridisciplinaire est un outil important pour nous. La collaboration avec les enseignants/tes, les psychologues et la logopédiste est complètement intégrée à nos réflexions et à notre mode de prise en charge.

3° Les besoins d’appartenance et les besoins affectifs
Besoins d’appartenance

Les origines culturelles et religieuses de chacun des enfants sont respectées, considérées et valorisées. Actuellement, le groupe est constitué d’origines et de nationalités multiples : Portugal, Somalie, Congo, Suisse. Nous considérons cela comme une richesse unique pour chacun de rencontrer l’autre dans sa différence. Nous essayons de permettre à l’enfant d’évoluer et de grandir en tenant compte de ses diverses appartenances (culture, religion, famille, institution, groupes sociaux). Dans cette perspective, nous favorisons pour chacun des enfants des expériences de vie extérieures à l’institution (clubs sportifs, cours de danse, expression théâtrale, etc..). Ces expériences nous semblent essentielles pour que l’enfant ne se vive pas uniquement comme un enfant d’institution (sortir d’une possible stigmatisation), mais qu’il participe à la vie sociale d’un village, d’une région, afin de lui donner peut-être un peu plus de chance de rester « connecté » à une réalité future.

Le besoin d’appartenance est également considéré avec la famille nucléaire et élargie de l’enfant. Sa famille, aussi dysfonctionnelle soit-elle parfois, est absolument toujours prise en compte dans la réflexion autour des besoins de l’enfant. Elle est considérée avec ses ressources, son potentiel d’évolution, mais aussi ses limites et ses dysfonctionnements. A cet égard, l’approche systémique est une référence théorique partagée par plusieurs membres de l’équipe mais n’est pas unique, elle reste un outil parmi d’autres.

Lors des entretiens avec la famille, l’enfant est parfois présent, parfois pas, parfois une partie de l’entretien. Cela dépend de chaque situation.

Sécurité affective

Dans le groupe du 1er étage nous accueillons des enfants âgés entre 7 et 12 ans. A cet âge-là, les besoins affectifs sont importants et sont souvent doublés par d’importantes carences. L’équipe développe des attitudes au quotidien qui répondent, partiellement bien sur, à ces besoins. Le toucher, le bisou du coucher, l’accolade, la main sur l’épaule, prendre dans les bras, etc.., font partie des gestes que nous utilisons pour transmettre de la sécurité et de la « nourriture » affectives. Ces besoins affectifs se révèlent beaucoup chez les plus jeunes (7-10 ans), un peu moins chez les plus âgés du groupe (10-12 ans). Ils viennent chercher de l’attention, des câlins, et nous montrent un très fort besoin d’attachement, en tous les cas pour ceux qui vivent les situations familiales les plus « lourdes ». Il y a une expression qui dit : « aux enfants, les adultes doivent offrir les racines et les ailes » ; c’est ce que nous nous efforçons de faire.

La notion de « couple éducatif », à savoir la présence en même temps d’un homme et d’une femme dans l’encadrement quotidien est essentielle pour nous. Les questions plus spécifiques liées au développement physique et psychique des garçons et des filles peuvent ainsi être traitées par un adulte du même sexe.

Par ailleurs, nous avons un souci d’authenticité dans la rencontre avec l’enfant et d’équilibre entre notre fonction et notre personne.

4° Le besoin d’estime
Au départ, nous prenons en considération chaque enfant pour lui-même. Nous le considérons comme un individu propre, en évolution, avec ses ressources, son potentiel, ses limites et ses difficultés.

Au début de l’année scolaire, nous élaborons un projet éducatif individualisé. Celui-ci est pensé par l’équipe dans son entier mais par la suite, il est « porté » et maintenu d’actualité par l’éducateur de référence. Celui-ci a la responsabilité du suivi général de l’enfant, du lien avec la famille, de la coordination entre les différents intervenants et de la préparation du document de synthèse (2 fois par année pour chaque enfant). C’est dans ce document (projet éducatif) que la ligne de travail poursuivie avec chaque enfant est décrite, les objectifs définis, les moyens explicités, les échéances posées. Les synthèses bisannuelles permettent de faire un bilan temporel, d’avoir une « photographie de la situation », de suivre l’évolution de l’enfant et surtout de réajuster le projet éducatif si nécessaire.

Pour travailler autour du besoin d’estime et surtout tenter d’y donner des réponses adéquates, le quotidien est un terrain extraordinaire. De nombreuses activités formelles et informelles ont cours au quotidien à Pré-de-Vert. L’institution a par exemple sa propre équipe de football ; des entraînements ont lieu chaque semaine, encadrés par 2 éducateurs et des matchs sont organisés 2 à 3 fois par année avec d’autres institutions. Cet espace est très utile pour travailler des notions comme l’estime de soi, le dépassement, la confiance en ses possibilités, la notion du collectif, la valeur de l’effort et bien d’autres aspects encore. De nombreuses autres activités sont encouragées et pratiquées avec les enfants par l’équipe du 1er étage. Il faut dire que l’environnement à disposition est riche en possibilités : terrain de foot, terrain de basket, terrain de volleyball, place de jeux, tyrolienne, petites forêts, parcours « aventure » (pour bientôt). Nous utilisons beaucoup ces divers outils pour valoriser l’enfant dans ses compétences et relever ses progrès.

Les soirées « sketchs »

Un exemple de thématique qui nous sert magnifiquement de « tremplin » pour travailler sur l’estime de soi, ce sont nos soirées « sketchs ». Dans notre pièce commune (séjour), nous organisons régulièrement des soirées durant lesquelles les enfants peuvent (individuellement ou en groupe) improviser de courtes productions artistiques et/ou théâtrales devant le reste du groupe. Ce qui est le plus important pour nous, c’est que les enfants y trouvent d’abord du plaisir. Il n’y a pas là de notion de compétition, mais bien plutôt une occasion unique de se mettre en scène et d’être confronté au regard de l’autre. En vrac, quelques éléments qui peuvent de façon naturelle être travaillés durant ces moments :
-la prise de risque
-la créativité, l’inventivité, l’imaginaire
-l’expression devant un public
-la collaboration avec l’autre
-la décentration de soi
-entrer dans un costume, un rôle
-être reconnu et valorisé
-considérer la prestation de l’autre avec respect
-développer un esprit critique constructif
-etc…

5° Le besoin d’accomplissement personnel
Nous percevons là essentiellement des besoins qui projettent l’enfant dans son avenir. Non qu’ils ne soient présents dans nos préoccupations quotidiennes bien au contraire, mais ce sont à notre avis des besoins qui viennent donner une forme de « plus-value » à tous les autres et qui sont présents en filigrane au travers de tous les autres besoins.

L’idée de morale, de valeurs, de respect, de tolérance, d’esprit critique, d’autonomie, de responsabilisation, nous renvoient aux besoins d’accomplissement de chacun. Nous postulons que les valeurs qui sous-tendent nos actions professionnelles auprès des enfants favoriseront l’émergence de leur valeurs-propres. La notion d’exemplarité nous paraît importante. Nous sommes pour les enfants, que nous le voulions ou pas, des figures d’autorité et de normes. Nous sommes là pour leur donner des références et des repères clairs et solides.

Plus concrètement en termes de projection professionnelle et de construction d’un projet post-Pré-de-Vert, c’est l’équipe éducative du « 2ème étage » qui prend le relais lorsque l’enfant change de groupe (vers l’âge de 12 ans).

La dimension thérapeutique de l’action éducative

Pour conclure le chapitre de la réponse aux besoins, nous souhaitons dire qu’en plus de la dimension protectrice du fait d’être placé, nous sommes convaincus qu’il y a, dans notre mode de prise en charge et notre type d’action éducative, une dimension thérapeutique qui vient compléter les prises en charges psychothérapeutiques individualisées.

Le cadre sécurisant et bienveillant, l’accompagnement constant dans la vie quotidienne, le respect du rythme de l’enfant, l’individualisation de la prise en charge, les rituels, la verbalisation des observations à l’enfant, la verbalisation de nos propres sentiments lorsque cela est utile, la capacité de l’équipe à échanger et à collaborer avec ses différences, et bien d’autres facteurs encore, participent à la dimension « soignante » de notre action au quotidien.

La sanction

Que fait la sanction dans ce chapitre ?! On aurait pu certainement la mettre ailleurs aussi, mais elle participe de notre point de vue, en tant que réponse à un comportement, à ce que l’enfant prenne conscience de l’importance de ses actes et de leurs conséquences.

Par ailleurs, la notion de sanction est ici connotée de manière positive ou négative. Nous « sanctionnons » les comportements positifs au même titre que les comportements négatifs. Il s’agit de trouver la juste proportionnalité et le sens que nous y mettons et que l’enfant pourra y donner.

Comme explicité plus haut, au « 1er étage », les comportements positifs sont valorisés, encouragés, récompensés parfois. Les comportements négatifs sont d’abord considérés dans leur nature. S’agit-il d’une dérive verbale, d’un passage à l’acte violent, d’une agression envers un enfant ou d’une agression envers un adulte ? Quelle est la problématique de l’enfant, dans quel contexte cela s’est-il passé, quels sont les acteurs de la situation, est-ce une « récidive », est-ce lié à une pathologie propre ? Bref, nombre de questions qui sont évoquées en équipe et avec la direction, avant de donner une réponse qui soit la plus pertinente possible.

Nous objectifs principaux dans ce genre de situations sont les suivants :
-donner une réponse proportionnelle
-donner une réponse qui doit si possible « faire sens » pour l’enfant
-adapter la réponse à la situation et à l’enfant : doit-elle être de type « punitive », de type « réparatrice », de type « réflexive » ?
-aller « au bout » de la démarche
-mettre un terme clair au processus et se tourner vers l’avenir

La sanction négative n’est pas une science exacte. Nous restons des humains faillibles et imparfaits. Heureusement. Par contre, nous nous interdisons de prendre des décisions hâtives ou non réfléchies. La direction est systématiquement informée de faits graves et sollicitée dans la réflexion et le processus de décision.

Nous pensons que la sanction « négative » est une réponse indispensable que les adultes se doivent de donner en certaines circonstances. Elle donne un signal, elle offre des repères, elle montre une limite, elle permet aussi de réhabiliter peu à peu une construction psychique bien souvent perturbée et défaillante.

Autres éléments significatifs du « 1er étage »
Les camps

Sur une année scolaire, le groupe du « 1er étage » part 2 fois une semaine en camp à l’extérieur de l’institution : une fois durant les vacances d’octobre, une fois durant les vacances de Pâques. Nous tenons beaucoup à la pérennité de ces semaines uniques, qui offrent aux enfants des « tranches de vie » complètement différentes de la vie institutionnelle. Cette richesse nous paraît primordiale pour compléter ce que vivent les enfants dans une semaine « classique ».

Il faudrait plusieurs chapitres pour développer tout ce que permet de vivre et ce que peut apporter une semaine de camp. En voici donc quelques éléments succincts.

Durant le camp d’automne, un fort accent est mis sur un travail sur l’identité de groupe, puisque la nouvelle composition du groupe d’enfants est récente (rentrée scolaire d’août). L’idée est de créer une dynamique de groupe agréable, en favorisant les liens positifs entre eux et l’entraide mutuelle. La notion d’appartenance au groupe est aussi au centre de nos préoccupations, en particulier pour les nouveaux arrivés.

D’une manière générale, les camps permettent de vivre des expériences en dehors du contexte institutionnel, en y incluant parfois des projets particuliers (sportifs, loisirs, culturels, découvertes, etc..). Pour beaucoup d’enfants, la notion de « partir en vacances » n’a que peu ou pas du tout été expérimentée. Quelle magnifique occasion de le leur offrir ! Il y a par exemple régulièrement des enfants qui découvrent pour la première fois de leur vie la mer… ou qui sortent pour la première fois du territoire helvétique…

Durant les camps, nous avons du temps pour le jeu, les moments de détente pure, l’amitié, la complicité, le dialogue, le chant, l’humour, la rigolade, la fête parfois, l’aventure aussi… Avec mesure, nous mettons parfois les enfants dans des situations qui peuvent générer de la crainte ou de l’appréhension. Situations qui nous permettent de travailler sur le dépassement de soi et donc la valorisation des réussites. Découvrir que « l’on est capable de… » alors qu’on ne le pensait jamais…Combien de sourires épanouis et de ravissements authentiques n’avons-nous pas observés sur le visage des enfants au travers de ces camps ?!…Les photos souvenirs en témoignent largement.

La réunion des enfants

Tous les mercredis entre 11h45 et 12h30, nous avons la « réunion des enfants ». Une sorte de rendez-vous hebdomadaire incontournable dans lequel tout le monde est présent (adultes et enfants). Cette réunion poursuit différents buts :
-donner un droit de parole aux enfants
-se transmettre mutuellement des informations
-la possibilité d’exercer l’animation pour les enfants
-faire émerger des idées, des propositions (boîte à idées)
-considérer les demandes, en faire quelque chose
-encourager l’enfant à être « acteur » de la vie du groupe

Le travail avec les familles

Il s’inscrit dans la politique institutionnelle de Pré-de-Vert à l’égard des familles. A savoir que la famille est toujours prise en considération dans la réflexion autour des besoins de l’enfant et de son projet. Elle est considérée avec ses ressources, son potentiel d’évolution, mais aussi ses limites et ses dysfonctionnements. A cet égard, l’approche systémique est une référence théorique partagée par plusieurs membres de l’équipe élargie mais n’est pas unique, elle reste un outil parmi d’autres. Les entretiens « familles » se déclinent de différentes manières par rapport aux professionnels présents. Toutes les configurations sont possibles mais le professionnel n’est jamais seul. L’adaptation au contexte, au moment et à la situation particulière est de mise. Nous favorisons la présence de l’enfant lors des entretiens avec la famille lorsque cela est possible et pertinent (tout ou partie de l’entretien). Dans la majorité des cas, l’entretien est préparé à l’avance et les objectifs sont identifiés.

Enfin par rapport au travail avec les familles, nous avons toujours à l’esprit le mandat originel qui nous a été confié par le SPJ. A savoir quelle est la mission première qui nous engage et quels sont les objectifs que le service placeur a posés lors de l’admission.

Conclusion

En conclusion et au regard de ce que nous avons explicité dans notre concept d’accueil, il nous semble que nos ambitions sont élevées au « 1er étage » et que nous souhaitons offrir les réponses les meilleures et les plus pertinentes possibles aux besoins des enfants qui nous sont confiés. Mais nous savons aussi que notre action reste difficile à quantifier en termes de résultats. Nous souhaitons rester humble dans notre approche, tout en étant capables de nous remettre en question. Nous souhaitons rester en éveil face à notre pratique en nous questionnant les uns les autres, que ce soit lors de nos supervisions d’équipe ou lors de nos colloques. Face aux défis et à la grande responsabilité qui nous incombent dans l’accompagnement des enfants au quotidien, nous sommes persuadés qu’une pratique réflexive est seule garante d’une « hygiène professionnelle » irréprochable.

Développement

Idéalement, un troisième lieu d’accueil en internat permettrait une plus grande souplesse dans la composition des groupes. Un projet de mise en disponibilité d’un chalet pour constituer un troisième lieu d’accueil en internat est prêt (capacité maximum de 6 enfants). Il n’a pour l’instant pas pu se réaliser faute de financement.

Alain Christen Etienne Mutrux Maude Fragnière Caroline Marti Jessica Pillet Cuttelod

Rolle, le 31 janvier 2012

GROUPE DU DEUXIEME ETAGE

Placement en foyer pour enfants maltraités ou abusés, Vaud

Le groupe du « 2ème étage »
C’est ainsi que l’on se définit et que l’on nous reconnaît dans l’institution : le groupe des adolescents et des éducateurs du 2ème étage de l’internat de Pré-de-Vert.
Environnement
Nous travaillons dans un espace fraîchement refait, avec des lieux à présent valorisés. Nous disposons d’une grande salle de groupe, dans laquelle les jeunes peuvent s’y retrouver pour discuter, jouer, manger ou regarder la télévision, avec une cuisine moderne nous permettant d’y préparer les repas du mercredi soir et des week-ends. Divers livres, bandes dessinées et jeux de société sont à disposition, ainsi qu’une télévision, un ordinateur et une console de jeu, dont l’utilisation doit être négociée avec les éducateurs. Trois salles-de-bain sont à disposition pour les jeunes sur l’étage, ce qui s’avère particulièrement utile, notamment au moment des douches. Nous disposons aussi d’une petite buanderie indépendante, leur permettant d’apprendre à laver leur linge dans un travail d’autonomisation qu’ils doivent faire durant leur passage au 2ème étage. Presque tous les jeunes ont une chambre individuelle puisqu’il y en a sept pour neuf adolescents accueillis, ce qui nous semble un atout pour leur construction identitaire. Nous disposons aussi d’un bureau, qui nous sert à la fois de lieu administratif et de régulation avec les jeunes.
Population
Nous accueillons plusieurs types de jeunes, filles et garçons, avec des problématiques souvent très différentes selon les adolescents. Les groupes et leurs complexités varient fortement selon les années. Celui de l’année dernière, par exemple, était constitué d’une majorité de filles de 14-15 ans, très autonomes avec un besoin impérieux de vivre le plus de choses possibles à l’extérieur de l’internat. Cela a demandé une gestion fine des nombreuses libertés qu’elles s’octroyaient, avec une grande part de négociation. Cette année scolaire, nous accueillons plus de garçons (13 ans pour la plupart), montrant un important besoin d’être en relation avec les éducateurs ; au point parfois de s’infantiliser ou de poser des actes inadéquats pour attirer l’attention et obtenir du lien ou un moment privilégié avec l’adulte.

De manière générale, les besoins des jeunes que nous accueillons se situent à plusieurs niveaux, allant des besoins les plus primaires (se sentir en sécurité, avoir un lieu accueillant où se réfugier, dormir au chaud et manger) aux plus élémentaires (estime de soi, repères et cadre clairs, lien, soutien scolaire). Chaque jeune arrive avec son histoire, personnelle et familiale, son parcours, ses problématiques spécifiques telles que troubles du comportement, troubles psychoaffectifs, inadaptation sociale. Durant ces dernières années, nous avons vu arriver un plus grand nombre de jeunes présentant des troubles envahissants du développement (troubles hyperactifs, psychoses, etc.).

L’équipe
L’une des forces de notre équipe éducative est sa complémentarité. Nous sommes actuellement cinq titulaires à travailler au 2ème étage pour une correspondance temps pleins de 400% et une stagiaire à 100% pour une durée de six mois. L’équipe est ainsi représentée par trois femmes et trois hommes, l’un étant en formation en cours d’emploi. La diversité au niveau des âges, des milieux socioculturels, des expériences professionnelles et de nos vécus personnels permet autant de regards et d’interprétations sur les situations, et autant de vis-à-vis différents à offrir aux adolescents.

Comme éducateurs, nous sommes notre propre outil de travail, façonné à l’intérieur d’un triangle de savoirs :
– le savoir à proprement parlé, c’est-à-dire les connaissances théoriques que nous avons apprises lors de nos formations de base, de manière empirique grâce aux apports de chacun, par des lectures, des participations à des séminaires, et que nous continuons de développer en formation continue ;
– le savoir-faire, que nous acquérons en appliquant les concepts assimilés et par l’expérience et l’expérimentation sur le terrain (capacité de confrontation, résolution des problèmes, organisation, etc.) ;
– le savoir-être, qui demande une bonne connaissance de soi, notamment pour avoir conscience de ses limites et faire appel à un collègue lorsque cela s’avère nécessaire, ou encore gérer et utiliser de manière adéquate ses émotions dans la relation d’aide.

Notre travail doit toujours se faire en portant un regard bienveillant sur les jeunes, permettant de sécuriser et d’apaiser des situations personnelles et familiales complexes. Comme tuteurs de résilience, nous devons permettre aux jeunes de s’identifier à nous, à des événements de notre propre histoire et accepter aussi d’être un « miroir » dans lequel ils peuvent projeter leurs craintes, leurs doutes, leurs désirs. Nous devons sans cesse nous questionner sur la bonne distance à avoir, à la fois proche d’eux, empathiques, mais sans se laisser envahir par la situation.

En tant qu’éducateur, nous pouvons être identifiés tant positivement que négativement, passant rapidement du bon au mauvais objet.

=> Vignette pour exemple : la référente d’une jeune fille menant à bien son projet est apparue soudainement comme menaçante, puisque perçue en rivalité de compétences avec la mère. L’adolescente s’est trouvée prise dans un conflit de loyauté entre sa mère et son éducatrice. Nous devons parfois aussi accepter ce rôle pour ne pas discréditer les parents dans les yeux de leurs enfants et permettre, lorsque cela s’avérera possible, un retour chez eux. Différentes stratégies peuvent alors être mises en place. Comme nous travaillons en double référence éducative pour chaque jeune, l’un des éducateurs peut alors prendre le rôle du mauvais objet, l’autre tentant plutôt de maintenir une alliance et une collaboration positive avec le ou les parents, tant que cela ne péjore pas la prise en charge éducative de l’enfant.

Notre action
Lorsque nous accueillons un jeune au 2ème étage, nous évaluons d’abord où il en est et quels sont ses besoins spécifiques. Nous recevons régulièrement des enfants ayant vécu dans un système familial maltraitant, que ce soit par négligence ou clairement par des actes de violence ou d’abus. Le placement en internat répond déjà aux besoins primaires selon la pyramide de Maslow, c’est-à-dire les besoins physiologiques et de sécurité. Nous travaillons sur mandat du Service de protection de la jeunesse (SPJ), qui a autorité pour prendre à sa charge le droit de garde d’un enfant. Dès le début de la prise en charge, nous rencontrons l’assistant social de l’enfant, afin de clarifier les raisons du placement et déterminer ensemble les objectifs prioritaires. Nous restons en étroite collaboration durant toute la durée du placement.

Notre sensibilité au modèle systémique nous incite à impliquer le plus possible les familles, afin que les parents se mobilisent en utilisant adéquatement et en développant leurs compétences parentales. C’est pourquoi nous les rencontrons au minimum une fois par trimestre afin d’évoquer avec eux : leur enfant, son évolution, mais aussi le système familial avec ce qu’il peut avoir parfois d’excluant et de maltraitant. En nous penchant sur le fonctionnement d’une famille, nous observons parfois une alliance malsaine et injustifiée contre l’enfant que nous accueillons. Le système familial est construit autour d’un membre, le patient désigné, a qui l’on attribue la cause de tous les dysfonctionnements. L’enfant finit par n’exister aux yeux de ses parents qu’à travers ce rôle, auquel il va s’efforcer de répondre afin d’avoir une place, bien que mauvaise, dans sa famille.

=> Exemple figuratif : Nous avons rencontré cette situation dans une fratrie de trois sœurs dont seule l’une d’entre-elles avait été placée, alors que c’était tout le système familial qui dysfonctionnait. Lors des nombreux entretiens que nous avons mis en place avec les parents, ces derniers n’arrivaient pas à se remettre en question. Ils ne manquaient pas de nous rappeler que le mauvais objet était leur fille, qu’elle avait été placée parce qu’elle posait problème à la maison. En allant les questionner sur les fondements familiaux, nous ébranlions toute la fragile structure et les mettions en danger. Ils ne pouvaient donc pas se remettre en question et revisiter leur fonctionnement familial. Le projet de travail s’est donc orienté dans le but de rééquilibrer le focus afin que la jeune fille accueillie ne soit plus perçue comme l’unique cause des difficultés vécues en famille.

Dans d’autres cas, nous pouvons nous trouver en forte opposition, face à des parents en réaction au placement de leur enfant. Nous devons alors modéliser notre action en tenant la ligne des mesures protectrices en limitation du droit de garde posées par la justice tout en considérant, dans la mesure du possible , le rôle des parents.

Quand Nous rencontrons ce cas de figure avec des parents père qui souhaitent reprendre le jeune à la maison, alors qu’un retrait de droit de garde est exécuté par le SPJ. La collaboration est possible, mais ceci malgré les entretiens visant à leur faire entendre et comprendre le besoin d’internat pour le jeune, on peut rencontrer des positions figées. Nous devons être capable de tenir la relation mais en restant attentifs et remettre systématiquement le cadre pour éviter tout dérapage et répondre aux exigences qui ont été posées dans la situation face à des parents potentiellement revendicateurs voire menaçants qui a engagent parfois un avocat.

Dans certains cas, enfin, une simple guidance éducative peut suffire, lorsque nous avons en face de nous un ou des parents démunis, ne sachant pas comment faire, souffrant parfois eux-mêmes de limites psycho-sociales. Des rendez-vous réguliers peuvent alors s’organiser pour encourager les parents à maintenir et consolider leur rôle. Des bilans intermédiaires permettent alors de déterminer dans quelle mesure ils ont pu mettre en place ce qui a été convenu et de réajuster si nécessaire. L’inadéquation parentale peut parfois être telle que malgré nos efforts et la volonté des parents de faire juste, ces derniers n’y arrivent pas.

Il nous arrive aussi de rencontrer des parents adéquats, dont les événements de la vie (maladie grave) font que leur enfant doit être pris en charge par l’internat, souvent à leur demande. Dans ce genre de situations, les parents collaborent avec le service placeur et l’équipe éducative pour le bien de leur enfant et dans le but de retrouver un équilibre familial.

Loin de nous enfermer dans un seul mode d’interprétation des situations, nous adoptons aussi un regard psychanalytique, porté plus spécifiquement sur l’enfant, ses troubles et sa problématique spécifique, à mettre ou non en lien avec sa situation familiale. Pour nous aider dans cette recherche de compréhension, nous disposons déjà des anamnèses constituées à l’arrivée d’un enfant à Pré-de-Vert. De plus, chaque jeune a un psychologue de l’institution référent pour sa situation. Certains ont un suivi régulier avec, alors que d’autres ont un suivi à l’extérieur de l’institution, voire pas de suivi thérapeutique du tout. Nous rencontrons chacun des deux psychologues de l’institution en alternance à quinzaine, afin d’appréhender le jeune dans sa globalité, avec une complémentarité au niveau des regards que l’on porte sur lui. Ces rencontres nous permettent d’avoir une meilleure compréhension du jeune et, par la réflexion qui en émane, de faire des hypothèses et déterminer quelle sera l’action la plus adaptée dans une situation donnée.

Pour nous aider dans notre tâche, nous travaillons aussi évidemment avec le réseau professionnel existant autour de l’enfant et l’initions si cela s’avère nécessaire. Il s’agit évidemment des assistants sociaux, des thérapeutes, mais aussi des médecins, des enseignants, etc.

Certains jeunes du 2ème étage doivent prendre des médicaments pour leur santé physique ou psychique. C’est un travail que nous faisons en collaboration avec les médecins et pédopsychiatres. Dans le cas d’un jeune montrant des traits d’ordre psychotiques, le pédopsychiatre se basera entre autre sur nos observations pour déterminer si le type de médication et le dosage sont adéquats. Chaque jeune à droit à l’éducation et la formation, mais son état psychique ne lui permet parfois simplement pas d’y accéder. Il s’agit d’abord de le stabiliser pour lui permettre de répondre aux attentes éducatives et scolaires. Il n’est pas rare que nous ayons à prendre le rôle du surmoi, la « conscience » du jeune pour qu’il suive son traitement. C’est une position que nous prenons d’ailleurs régulièrement dans l’accompagnement quotidien des jeunes, afin de les aiguiller dans leur construction identitaire parfois défaillante. Ceci dans le but de leur permettre de développer les outils nécessaires à une possible vie en société.

Deux fois par année, nous réunissons tous les professionnels qui interviennent dans la situation de l’enfant pour une synthèse, afin de partager nos observations et nos sentiments. Chaque secteur de Pré-de-Vert (éducatif, pédagogique, thérapeutique) rédige un document qui servira de base à la rencontre. Les objectifs sont multiples : il s’agit d’abord de faire un point de situation sur l’évolution du jeune et de son environnement ; prendre du recul et confronter les regards des divers professionnels ; réfléchir ensemble à la meilleure prise en charge possible ; redéfinir les objectifs et en poser de nouveaux le cas échéant.

Des rencontres sont aussi organisées dans les locaux du SPJ, notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer le cadre dans lequel nous évoluons et auquel les parents sont soumis. C’est le lieu d’autorité qui peut parfois permettre un dialogue (voire un recadrage) avec des parents en forte réaction.

Notre quotidien
Chaque journée est différente. Elle peut varier d’une minute à l’autre, selon qu’un jeune soit présent ou absent, qu’une frustration soit mal gérée, qu’une situation familiale se soit péjorée, etc. Nous devons avoir une grande souplesse dans l’accueil et une bonne capacité d’adaptation pour accepter les jeunes là où ils en sont, les soutenir et les accompagner dans leur quotidien. Nous travaillons à l’intérieur d’un cadre de référence précis auquel nous nous rapportons régulièrement.

Notre journée débute à 6h45, en relai du veilleur avec qui nous échangeons les informations concernant les éventuels faits de la nuit. Chaque jeune dispose d’un réveil qu’il reçoit en arrivant au 2ème étage. Le travail d’autonomisation commence dès le matin avec le lever et la préparation pour venir à table. Cela nous donne souvent une première indication de « l’état d’esprit » du jour, que nous pouvons bien souvent lier aux événements passés ou à venir. Nos observations de l’autonomie d’un jeune au lever nous seront aussi utiles lorsque nous évaluerons les chances de réussite d’un retour progressif à la maison. C’est même l’une des conditions pour que nous entrions en matière.
=> Vignette pour exemple : Nous avons constaté par exemple qu’un jeune qui nous demandait systématiquement à pouvoir revenir à l’internat le lundi à la place du dimanche n’arrivait pas à se lever seul le matin. L’éducateur devait toujours aller le réveiller, malgré qu’il connaisse les enjeux. Quel message nous donnait-il par cet acte contraire à son discours ? Nous avons pu reprendre ce fait avec lui, évaluer sa demande en clarifiant ses envies et ses besoins. Il a pu faire un travail de réflexion et de conscientisation lui permettant d’accéder finalement à sa demande.

Les temps de repas sont des moments de partages significatifs. Il y a déjà le service de table, un jour par semaine pour chacun, qui se fait à deux. Les jeunes, désignés à l’avance, s’organisent entre eux avec le moins d’intervention de l’adulte possible, pour mettre la table, aller chercher les plats, ranger et nettoyer une fois le repas terminé et vider le lave-vaisselle. Cela nous permet d’avoir une vision de l’autonomie des jeunes et surtout de leur capacité d’organisation.

D’autre part, il est difficile pour certains jeunes de se retrouver assis à table avec tout le monde, ou à côté d’un enfant qui leur renvoie quelque chose de difficile lié à leur propre vécu. Ce sont des moments qui demandent souvent beaucoup de régulation, notamment dans l’apprentissage de la vie en collectivité et des limites personnelles que cela impose. Nous faisons bien souvent face à un réel besoin d’apprentissage, entre ceux qui accaparent l’attention, ne laissant pas de place aux autres, apportant parfois des sujets totalement déplacés par rapport au lieu et aux personnes présentes, ceux qui dans leur toute puissance pensent pouvoir bénéficier d’avantages tels qu’être systématiquement servis en premier et dans des quantités bien supérieures aux autres, ou encore ceux qui n’arrivent pas à prendre une place et mangent dans un mutisme quasi autistique.

Après le goûter, nous sommes à disposition des jeunes pour les aider à faire leurs devoirs. Certains font déjà preuve d’une bonne autonomie et demandent de l’aide lorsqu’ils en ont besoin, alors que d’autres n’arrivent pas à s’y mettre si nous ne sommes pas systématiquement derrière eux. Il arrive aussi qu’un jeune n’ait même pas acquis l’autonomie nécessaire pour noter ses devoirs. Nous devons alors élaborer des stratégies particulières avec ses enseignants afin de le soutenir au mieux. Dans la mesure du possible, nous faisons participer le jeune à cette réflexion, afin de le confronter à sa réalité.

Le mercredi est un jour particulier à plus d’un titre. Toutes les deux à trois semaines, un colloque des jeunes est organisé. Partagé en trois temps (informations, questions/réponses, vie de la maison) il dure au maximum 45 minutes. En plus de l’élément purement pratique et informatif, plusieurs objectifs son visé : mettre en lien les adolescents sur ce qu’ils vivent au 2ème étage ; les rendre acteurs de leur quotidien et leur environnement ; leur apprendre à anticiper, patienter et apporter leurs remarques sur un espace-temps déterminé ; respecter un cadre imposé dans lequel la parole de chacun a la même valeur (chacun, y compris les adultes, doit lever la main et attendre que la parole lui soit donnée) ; oser se mettre en avant, parler devant les autres, être porteur d’une demande du groupe ; etc.

En plus des activités de loisirs et culturelles qui sont organisées, nous profitons du mercredi après-midi pour faire des achats lorsque cela s’avère nécessaire. Après les avoir accompagnés à plusieurs reprises, nous évaluons leur degré d’autonomie afin de déterminer dans quelle mesure ils peuvent faire leurs emplettes seuls ou en groupe. Nous leur donnons alors l’argent nécessaire, qui peut parfois représenter des sommes importantes, afin de les mettre dans une certaine réalité et leur montrer ainsi le niveau de confiance que nous leur accordons.

Pour ce qui est du souper, c’est à nous de l’organiser le mercredi. Il se fait avec deux jeunes, différents à chaque fois, qui choisissent et composent le menu dans sa totalité, avec le soutien d’un éducateur. Il s’agit de penser à tous les ingrédients utiles, d’aller faire les courses en gérant le budget à disposition, de s’organiser afin que tout soit prêt dans les temps et, surtout, d’aller au bout de ce qui a été entrepris. En plus de l’apprentissage de la cuisine, il s’agit évidemment de travailler des compétences aussi élémentaires que l’anticipation, l’organisation, la gestion du budget et du stress, la collaboration et la capacité de mener un projet du début à la fin, avec une évaluation directe à la clé. En effet, le regard et l’appréciation des camarades constituent une épreuve que certains peinent à éprouver. Lorsqu’ils arrivent à faire le pas, encouragés parfois par le groupe et les éducateurs, ils se sentiront fortement valorisés lorsque le repas sera apprécié par tous et, bien souvent, prêts à remettre le couvert.

Le coucher est un moment important. La transition entre l’activité de la journée et le « monde de la nuit » peut provoquer chez certains une forme de tristesse, de mélancolie, ou éveiller des craintes, voire de réelles angoisses. Nous observons alors diverses stratégies de la part des jeunes pour repousser le plus possible le moment d’aller dans leur chambre et avoir encore un peu de contrôle sur ce qui se passe. Afin de les rassurer, nous passons encore un dernier moment avec chacun d’eux dans leur chambre, pour une discussion, un massage ou simplement pour dire « bonne nuit ». Ces rituels leurs tiennent à cœur, ils attendent d’ailleurs que chaque éducateur soit passé et réclament si l’on tarde trop.

Dans un but de promotion de la santé, nous proposons une activité natation les lundis soirs. Les jeunes concernés par des problèmes de surpoids ou de manque de tonus musculaires y sont prioritaires, mais celle-ci reste ouverte à tous. Nous incitons chaque enfant ne disposant pas d’une activité spécifique sur la semaine à y participer. Dans un esprit d’ouverture, nous encourageons en parallèle chaque adolescent à avoir une activité sportive ou culturelle à l’extérieur de l’institution. Lorsque ce n’est pas déjà le cas, le référent l’accompagne dans la réflexion, impliquant le jeune pleinement, tant au niveau des recherches que des téléphones à effectuer, toujours dans l’objectif de lui apporter de nouvelles ressources et de l’ouvrir vers l’extérieur. En plus des démarches qu’il devra effectuer, c’est aussi l’élargissement de son réseau social qui est visé, tout en l’inscrivant dans une norme et dans un processus d’autonomisation des transports. Ce dernier point est d’ailleurs essentiel puisque nous visons une indépendance totale, non seulement pour l’activité choisie, mais aussi pour les transports entre le domicile et l’institution. Il s’agit de le préparer afin de pouvoir être autonome lorsqu’il quittera l’institution pour un centre de formation professionnelle.

Dans le travail d’autonomisation que nous attendons des jeunes, nous leur demandons aussi d’apprendre à faire leur lessive. Nous disposons d’une petite buanderie au 2ème étage, leur permettant de laver leurs habits. Ils doivent apprendre à gérer leur « stock » d’habits propres et anticiper pour ne pas être à court. Bien évidemment, nous les accompagnons dans ce processus et tentons d’initier une formation par les pairs afin de valoriser les compétences acquises. Nous demandons aussi aux jeunes de ranger et faire le ménage dans leur chambre chaque jeudi. Celle-ci est bien souvent le reflet de leur monde intérieur ; la ranger leur permet parfois de remettre un peu d’ordre dans leur esprit.

L’une des principales spécificités de notre quotidien est certainement le degré élevé de confrontation que nous devons appréhender, avec toute la gestion fine que cela demande. Nous avons un rôle de substitut parental qui comporte, comme il est possible de s’en rendre compte au vu de ce qui précède, tous les éléments que l’on retrouve dans une famille classique. La différence est que nous travaillons avec neuf adolescents, placés en internat le plus souvent pour des troubles du comportement, avec parfois des problématiques psychiques plus ou moins prononcées, devant composer avec d’autres jeunes et des adultes qui leurs sont imposés. Cela provoque, comme on peut aisément l’imaginer, de nombreuses frustrations et des conflits qu’il s’agit de gérer. Le bureau des éducateurs devient alors un espace de dialogue, de médiation et de conciliation. Lorsqu’un conflit d’envergure intervient entre un jeune et un adulte ou un pair, nous commençons par amener de la sécurité pour les autres en cassant la dynamique de violence et en déplaçant les protagonistes dans le bureau. Cela donne aussi à ces derniers un cadre rassurant, organisé et géré par les adultes, afin qu’ils apprennent à régler leurs différends d’une manière saine au lieu d’envenimer les choses par la violence ou les insultes.

Lorsqu’un jeune commet un acte illicite aux yeux de la loi mais aussi selon notre règlement, nous posons une sanction selon le degré de gravité, mais en tentant toujours d’offrir une possibilité de se racheter, selon la prise de conscience qu’il montre. Nous nous devons d’être intransigeants sur le respect envers les adultes, mais aussi envers les autres jeunes et le matériel. Lorsqu’il y a des insultes, nous exigeons systématiquement des excuses, orales ou écrites, éventuellement signées par les parents. Nous pouvons aussi priver un adolescent d’une partie de sa liberté, par exemple par une soirée en chambre afin de le faire réfléchir sur son acte, ou par le refus d’une demande de liberté faite par le jeune pour un mercredi après-midi, notamment lorsque le lien de confiance est rompu. S’il y a atteinte au matériel, un travail d’intérêt général est demandé. Lorsqu’une vitre est cassée par exemple, l’adolescent pourra travailler pour participer, symboliquement au moins, au remplacement de celle-ci. Lors d’un acte particulièrement grave, comme une agression physique envers un autre jeune ou un adulte, nous collaborons avec l’assistant social et notre directeur pour déterminer si une mise à pied et éventuellement un dépôt de plainte pénale sont nécessaires. Nous convoquons ensuite les parents et l’enfant pour les en informer.

D’autre part, nous avons aussi mis en place un système de coches sanctionnant un comportement ou un langage inadéquat, venant diminuer leur argent de poche de la semaine. Cet outil, qui semble à priori très comportemental, est utilisé comme support pour entamer une discussion avec le jeune au moment de la distribution de l’argent de poche, comme observation de son état du moment. Que se passe-t-il dans sa vie actuellement pour qu’il mette en place autant d’attitudes négatives ? Il s’agit de lui offrir un espace de parole, dans une tentative de compréhension et de prise de conscience d’un fonctionnement.

Chaque jour avant de quitter le groupe, les éducateurs prennent le temps d’écrire leurs observations sur un programme informatique. Cela permet aux collègues qui prennent le relai d’avoir toutes les informations utiles et importantes nécessaire à la compréhension des jeunes et de leurs comportements, afin de pouvoir ajuster leur action éducative. Ces observations nous sont aussi utiles lorsque nous préparons nos rencontres de réseau, comme regard sur le parcours et l’évolution d’un jeune.

Nous partageons évidemment aussi nos observations et nos questionnements lors de nos deux colloques d’équipe hebdomadaires. Celui du lundi, qui se fait en alternance avec les divers professionnels de l’institution, nous permet d’avoir un regard plus général sur chaque adolescent, ce qu’il vit à l’école, en thérapie ou avec les autres jeunes. Lors du colloque du mercredi, nous construisons notre action quotidienne ainsi que les projets des jeunes, dans un esprit de collaboration et d’échange. Cela offre un croisement de regards sur le quotidien des jeunes, sur leurs comportements, leurs projets, dans le but de prendre en considération le plus d’éléments significatifs dans le processus dans lequel ils sont inscrits. C’est aussi sur le mercredi que sont organisées les supervisions d’équipe.

Rituels
Le passage d’un jeune au 2ème étage est rythmé par divers rituels. Ceux qui appartiennent au quotidien constituent autant de balises auxquelles les jeunes peuvent se repérer. Ils ont déjà été abordés au chapitre précédent : service de table, rangement des chambres, lessives, constitution du repas du mercredi soir, passage dans les chambres pour dire bonne nuit, etc. Ils permettent à l’adolescent de rythmer le temps qu’il passe à Pré-de-Vert afin de s’ancrer dans une réalité qu’il ne maîtrise pas toujours et de développer son autonomie. D’autres rituels, qui s’apparentent plus à des rites de passage, vont accompagner le jeune tout au long de son accueil au 2ème étage, lui permettant d’assimiler son parcours et son évolution.

A son arrivée, nous l’accueillons dans la chambre qui sera la sienne et l’aidons à s’y installer si nécessaire. Nous l’invitons ensuite à un moment de partage autour d’un apéritif et le rassurons en lui donnant déjà quelques repères et en répondant aux premiers questionnements. Dans le courant de la semaine, nous prenons le temps de faire un état des lieux écrit de l’état de sa chambre et du matériel mis à disposition. Durant un colloque des jeunes, nous expliquons ensuite le règlement, le fonctionnement du 2ème étage, les organisations particulières telles que service de table, ménage, etc. et évoquons déjà nos attentes (implication, autonomisation, etc.).

Les anniversaires sont aussi des moments importants. Considérant l’âge de nos jeunes et les questionnements de certains sur le fait d’être en internat, avec d’autres adolescents et adultes qu’ils n’ont pas choisi, nous leur proposons deux formules à choix. Ils peuvent décider de passer ce cap au sein du groupe, avec une activité particulière et un repas choisi par leur soin, ou bénéficier d’un moment particulier à l’extérieur de l’institution, avec un éducateur et un ami, en allant ainsi manger en petit comité avec des personnes choisies. Nous avons mis cela en place après avoir constaté qu’il était difficile pour certains jeunes de vivre ces moments en groupe au sein de l’institution. Parfois pour des raisons d’affinité avec les autres, mais aussi de par leur vécu personnel, ou le fait d’être en institution au lieu de vivre cela avec leurs parents. En plus du symbolique cadeau, le passage de 13 à 14 ans annonce aussi une augmentation de l’argent de poche et, bien souvent, des ouvertures sur des demandes de liberté (pour autant que les conditions telles que la confiance et une certaine autonomie soient remplies).

Durant l’année, nous organisons deux camps d’une semaine chacun. Alors que le deuxième est plutôt axé sur la détente, les loisirs et la découverte, le premier, qui se fait rapidement en début d’année scolaire, est basé sur l’effort. Nous cherchons à mettre le jeune dans une zone d’inconfort, le poussant à aller puiser dans ses ressources, dont il n’a bien souvent pas conscience. Ce camp marque l’entrée au 2ème étage, dans une scission entre le monde protecteur de l’enfance et le monde de l’adolescence, pouvant être perçu comme dangereux, en mettant en avant et en expérimentant le développement de ressources insoupçonnées dans une forme de dépassement de soi. Dans le travail que nous ferons ensuite avec le jeune, nous ne manquerons pas de lui rappeler ce qu’il a accompli, afin de l’encourager et le conforter dans l’idée qu’il est capable d’aller au-delà de ce qu’il s’imagine. Ce camp est pour nous aussi l’occasion de fédérer le groupe, de rassembler les jeunes face à l’effort et tisser des liens grâce à l’entraide nécessaire dans ce type d’activités.

Le temps du départ constitue certainement le moment de transition le plus important pour les jeunes. Aussi pour les éducateurs qui les ont accompagnés souvent durant plusieurs années, supportant leurs crises, leurs oppositions, leurs remises en questions, leurs problématiques, mais surtout constatant leur parcours, leur évolution, leur transformation et, finalement, leur envol. Au moment des promotions, chaque jeune quittant le 2ème étage a droit à un discours préparé avec soin par son éducateur référent ainsi qu’un album photo retraçant son parcours depuis son arrivée à l’étage. Il s’agit là d’un moment important, riche en émotions pour les jeunes et leurs familles ainsi que pour les éducateurs voyant ainsi partir leurs « protégés ».

« La relation éducative est avant tout une médiation entre l’adolescent et la réalité. »
ANATRELLA, T. « Entre adultes et adolescents ». Chronique au fil des jours, Cerf, 1993

Mise à jour au 31.01.2012

L’équipe éducative
Olivier Perez, Anne Boschung-Fedele, Alexandra Paccot, Albert Babajee, Loïc Haldimann